*se consacrer à la vérité

Le ‘confinement’a permis que je me promène dans ma bibliothèque, enfin celle qui a survécu à de nombreux déménagements, la France puis l’Amérique Latine, quelques années sous les tropiques et de nombreux cartons plus tard… ceux qui sont restés ont des pages jaunies…

Pendant cette période de confinement, mes rêveries de promeneur solitaire se sont passées, comme pour beaucoup d’entre nous, entre le rez de chaussée et le premier étage. Au delà de cet enfermement temporaire, je me suis questionnée sur le processus créatif chez les écrivains, et leur rapport au “confinement”. La phase d’écriture à proprement parler, est sans doute celle d’un voyage très intérieur, où l’auteur dialogue avec lui même, entre conscience et abandon de soi. Qui va remporter?

Pourtant, il n’y a rien de plus maitrisé que l’écriture, quand chaque mot est pensé avant d’être couché sur le papier, ou sur l’écran. J’ai retrouvé deux livres qui ont retenus mon attention pour cet article. Les confessions, celles d’Augustin (pdf), devenu saint, et celles de Rousseau (pdf), lecteur du premier dès son adolescence… L’un est un des pères de l’église et penseur de la chrétienté du Moyen Âge, et l’autre un des pères de la pensée dite moderne, pourtant ils utilisent les mêmes sentiers de marche (mais la comparaison s’arrête là), pour nous amener leurs “confessions”.

…le terme confessio a le triple sens de « louange ou sacrifice de louange », « profession de foi » et « aveu »7 C’est effectivement ce triple sémantisme qui justifie le pluriel confessiones et que nous pouvons appliquer au mode de confession à l’œuvre dans l’ouvrage du même titre, dans la mesure où l’évêque d’Hippone y avoue ses fautes passées puis confesse sa foi, tandis que l’action de grâces traverse toute l’œuvre… Référence ici. 

Bien que passionnée de pédagogie et d’éducation, je n’affectionnais pas franchement l’auteur de l’Emile, sans doute par manque de connaissance de l’homme derrière le personnage à la renommée sulfureuse, même quelques siècles plus tard. Pourtant à en croire sa devise, Rousseau a du être un ami de la vérité: il adopta en effet en 1754 celle-ci: ” *se consacrer à la vérité”. Ces auteurs ont tous deux écrits des Confessions, et ont tous deux cherché à réellement décrire leur relation avec Dieu dans les pages de leur ouvrage. Leur conversion a été à l’origine d’une amitié brisée, avec Diderot pour Rousseau, et au contraire renforcée entre Saint Augustin et Victorinus, ami qu’il gardera tout au long de sa vie.

Le dialogue avec un ami est tellement clé dans un processus créatif, l’autre étant souvent un miroir, une confrontation, un faire valoir parfois, un mentor, souvent.

Le temps que nous traversons actuellement, nous impose ce face à face avec nous mêmes. Les longues promenades dans notre maisonnée, les aller retour entre une pièce et une autre, ont permis à un moment donné cet entretien avec notre moi profond… Les croyants ont ce qu’ils appellent “un lieu secret” dans lequel ils s’entretiennent avec Dieu. Les Confessions sont issues de ce dialogue, car au fond, nos consciences cherchent un absolu auquel se référer, la vérité.

Je n’ai pour ma part,  pas encore achevé cette promenade…

 

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